PARADE
YOSHIDA Shuishi
Roman
L’histoire se passe de nos jours, ou presque, car le livre est à peine traduit en France, mais est sorti en 2002 au Japon (sachant que depuis il y a eu des élections notables au japon, et que la société évolue à la vitesse de la lumière). Il s’agit de suivre quatre jeunes de 18 à 28 vivant en colocation dans un appartement chiche de Tokyo. Ils se croisent, parlent, mais quelle partie d’eux-mêmes révèlent-ils aux autres, dont ils partagent le quotidien, les tracas de l’ordinaire et pourtant, aussi certains penchants inavouables? La colocation apparaît comme un filtre de ce que chacun pense « montrable » de ce qu’il est.
Cela parle des petits compromis qu'il faut faire pour vivre ensemble et de devenir d’une génération en transition dans ce lieu de passage qu’est un appartement en collocation de l'adolescence à l’âge adulte.
C’est donc sur les apparences que Yoshida Suichi nous interroge dans ce livre, nous présentant chaque personnage à travers un monologue révélateur, sensé lever le voile sur des stratégies de présence à l’autre. Un monologue sans feed-back des colocataires. Chaque personnage du roman nous introduit le suivant. Car il s’agit bien du roman, même s’il n’y a pas à proprement parler de structure du récit avec une introduction, un climax, une résolution de crise. Car c’est de la vie ordinaire de jeunes tokyoïtes ordinaires, que nous parle l’auteur.
Glissant un intrus, un cinquième colocataire « accidentel », ramené un soir de cuite par l’artiste névrosée du groupe, un jeune femme qui se consume dans la boisson, Satoru, prostitué, a la manie de fracturer l’intimité des inconnus. C’est lui qui nous amène dans les recoins cachés de l’âme. Pour autant, il ne s’agit pas de mettre en lumière ces aspects, au sens de révélation. Il importe, en effet, que ce qui était caché le reste : la violence et les traumatismes. Car, dans une société japonaise (mais pas si loin de la notre quand on y regarde bien), ou le conformisme et l’individualisme règnent, pour gagner véritablement sa place dans la colocation, Satoru saura être le garant des secrets. Car au sein de l’appartement, même si l’on se sent seul, on sait qu’on y est moins seul qu’ailleurs.
L’écriture, ou du moins ce qu’en laisse percevoir la traduction est fine et sans affectations. On pourrait la qualifier de comportementaliste. On nous épargne en effet toute analyse plaquée des comportements urbains. Ce n’est pas non plus un traité camouflé de sociologie sur la jeunesse à la dérive, les freeters japonais. Tout en délicatesse, l’auteur nous conduit à partager les secrets et les interrogations des protagonistes. Ils sont tous les cinq très différents et pourtant l’on parvient à se sentir proche de chacun d’eux, tout en percevant la chorégraphie du collectif, les compromissions nécessaires à la vie de groupe.
J’ai beaucoup aimé ce livre subtil, proposant différentes lectures possibles. Les phrases, simples, se soulèvent comme des voiles. Les êtres percent sous les personnages. On sent un auteur impliqué dans l’individualité de chacun. Enfin, c’est la littérature japonaise contemporaine que j’aime, loin des ninjas, des épées, des arts martiaux et des sushis pour touristes.
A noter, à la fin du livre, une note analytique très intéressante du traducteur sur cet auteur, (né en 1968) l’ouvrage présenté, mais aussi son œuvre en général. De plus, ce roman a reçu le Prix Yamamoto Shûgoro, couronnant au Japon les nouveaux talents.
PARADE de Yoshida Suichi
Roman traduit du japonais pas Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary
260 Pages
Editions Philippe Picquier
19,50 euros
ISBN :978-2-8097-0150-0
Du même auteur, paru en France :
PARK LIFE (qui a reçu le prix Akutagawa- l’équivalent japonais du Gongourt- en 2002) disponible chez le même éditeur, en poche, à 6 euros.
ISBN : 978-2-8097-0147-0


5 commentaires:
Ca donne envie ! c'est vrai que les japonais n'ont pas leur pareil pour décrire le monde moderne, sa folie, ses nombreux travers et déviances. Merci de nous donner l'eau à la bouche pour ce qui semble être un vrai petit traité de sociologie romanesque !!!
Cela a l'air vraiment très sympa a lire, il faudra que je le lise dés que j'aurai finis mes autres bouquins. En tout cas merci pour ce bel explicatif.
Tout à fait d'accord...En plus les sushis, c'est mauvais pour la planète...;-))
Park Life à lire aussi absolument!!!
Très belle analyse, vocabulaire précis, oui ça donne envie!!
Merci!!!
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